Urbaniste clownesse

Pauline
Cescau



Textes écrits au printemps 2021 par Anaïs Heluin, pour un projet développé entre septembre 2020 et juin 2021 dans le cadre de la formation supérieure.

Biographie

Française, née en 1990. Après des études d’urbanisme à Sciences Po Paris et à la London School of Economics (LSE), Pauline co-fonde et gère la préfiguration d’un Tiers-lieux, Le Wip, dans une Grande Halle industrielle de la friche de la Société Métallurgique de Normandie en périphérie de Caen jusqu’en 2019. Parallèlement, elle se forme au clown : d’abord à la Cité/Théâtre à Caen auprès de Marie-Laure Baudain, puis d’Eric Blouet. Elle poursuit également sa pratique du chant entamée dans son enfance au sein du Choeur d’enfants Sotto Voce.
En 2019, elle rejoint la 8e promotion de la FAI-AR : elle y présente en 2021 l’esquisse de sa 1ère création « R-P-Z // Rond-Point Zones » fiction autour des Gilets Jaunes dont elle est l’auteure et la metteuse en scène et dans laquelle elle joue aux côtés de Julien Girard et Elsa Delmas avec qui elle fonde sa compagnie, Les Flèches 3000 à Caen en 2021″




Retour sur le projet personnel de création

Pendant l’écriture de son projet personnel de création, Pauline a été accompagnée par
Anne Astolfe, directrice artistique et metteure en scène (Le LAABO).

En mettant à distance l’urbanisme culturel qui occupait jusque-là l’essentiel de son temps pour intégrer la FAI-AR, Pauline Cescau cherche à déplacer son rapport à l’espace public du côté de la création. En particulier du clown, dont l’état d’enfance et de naïveté lui apparaissent comme un moyen idéal d’exploration et de poétisation de la ville. Elle en convoque l’état de présence dans RPZ (Rond-point Zone), fiction écrite à partir de témoignages de Gilets Jaunes et d’une recherche documentaire. Réalisée avec les comédien·ne·s Elsa Delmas et Julien Girard, cette collecte de matériaux a constitué la base d’un travail d’improvisation, à partir duquel Pauline Cescau a développé une écriture brute et chorale, qui a vocation à se déployer dans des espaces ayant panorama sur la ville.

« Qu’est-ce qui fait que tu te lèves, et que tu tiens debout ? », « D’où l’on tire la force et l’espoir de se révolter quand tout semble bouché ? ». En se nourrissant du mouvement social qui s’ancre en 2018 sur les ronds-points de France, telles sont les questions que souhaite poser Pauline Cescau, qui avec ses deux interprètes reconvoque une utopie collective dont la Covid a accéléré la décomposition et la perte de visibilité. Les trois protagonistes de RPZ (Rond-point Zone), capables de faire jeu de tout, ont une manière bien à eux d’occuper l’espace. Ils n’ont guère de cabanes mais savent installer leur zone, avec une scénographie conçue et réalisée avec le Collectif d’architectes militants ETC.

Dans leur traversée épique autant que dérisoire, les trois comparses se laissent guider par une boussole qui oscille entre des directions de jeu éloignées. Rage, mélancolie et espoir orientent leurs gestes, leurs mots et leurs chants – ils ont leurs propres hymnes, inspirés par ceux des Gilets Jaunes, et ont un grand faible pour la variété – qui révèlent tous les possibles de l’espace urbain. Grâce à la fragilité du clown et à sa force transgressive, ils amènent au centre-ville un mouvement qui s’est épanoui en périphérie et posent ainsi la question des territoires, des frontières de la lutte.