Urbaniste clownesse

Pauline
Cescau

Française, née en 1990. Urbaniste de formation, Pauline Cescau co-fonde en 2016 l’association Le Wip. Objectif : préfigurer les usages d’un Tiers-Lieu dans l’un des principaux vestiges de la SMN (Société Métallurgique de Normandie), une Grande Halle. Jusqu’à l’ouverture en 2019, elle y gère un projet culturel co-construit avec les habitants de la ville de Colombelle (14). En parallèle de cette activité professionnelle, Pauline développe une activité artistique qui nourrit son rapport à l’espace public. Après une dizaine d’années de chant choral, elle suit des cours de théâtre à l’Actéa/la Cité-Théâtre où elle trouve le chemin du clown auprès de Marie-Laure Baudain.

Tutrice : Anne Astolfe




Intention artistique

En mettant à distance l’urbanisme culturel qui occupait jusque-là l’essentiel de son temps pour intégrer la FAI-AR, Pauline Cescau cherche à déplacer son rapport à l’espace public du côté de la création. En particulier du clown, dont l’état d’enfance et de naïveté lui apparaissent comme un moyen idéal d’exploration et de poétisation de la ville. Elle en convoque l’état de présence dans RPZ (Rond-point Zone), fiction écrite à partir de témoignages de Gilets Jaunes et d’une recherche documentaire. Réalisée avec les comédiens Elsa Delmas et Julien Girard, cette collecte de matériaux a constitué la base d’un travail d’improvisation, à partir duquel Pauline Cescau a développé une écriture brute et chorale, qui a vocation à se déployer dans des espaces ayant panorama sur la ville.

« Qu’est-ce qui fait que tu te lèves, et que tu tiens debout ? », « D’où l’on tire la force et l’espoir de se révolter quand tout semble bouché ? ». En se nourrissant du mouvement social qui s’ancre en 2018 sur les ronds-points de France, telles sont les questions que souhaite poser Pauline Cescau, qui avec ses deux interprètes reconvoque une utopie collective dont la Covid a accéléré la décomposition et la perte de visibilité. es trois protagonistes de RPZ (Rond-point Zone), capables de faire jeu de tout, ont une manière bien à eux d’occuper l’espace. ils n’ont guère de cabanes mais savent installer leur zone, avec une scénographie conçue et réalisée avec le Collectif d’architectes militants ETC.

Dans leur traversée épique autant que dérisoire, les trois comparses se laissent guider par une boussole qui oscille entre des directions de jeu éloignées. Rage, mélancolie et espoir orientent leurs gestes, leurs mots et leurs chants – ils ont leurs propres hymnes, inspirés par ceux des Gilets Jaunes, et ont un grand faible pour la variété – qui révèlent tous les possibles de l’espace urbain. Grâce à la fragilité du clown et à sa force transgressive, ils amènent au centre-ville un mouvement qui s’est épanoui en périphérie et posent ainsi la question des territoires, des frontières de la lutte.