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Autrice-metteuse en scène
Ines
Benkhicham
Ines grandit à Nantes, jamais très loin de l’océan. Son tout premier amour, c’est la lecture. Elle dévore des romans par dizaines, à toute heure du jour et de la nuit, et commence à nourrir l’envie de raconter des histoires. Elle écrit un peu de tout, des journaux, un mini roman pour raconter le quotidien de sa famille, et des fan-fictions de la série « Charmed ».
Elle tente diverses activités artistiques telles que le Hip-Hop et le théâtre. Mais pour cause de problèmes de coordination bras/jambe, l’expérience Hip-Hop n’a pas été concluante.
Le théâtre en revanche fut une vraie révélation et elle ne s’en est pas détourné depuis.
Émerveillée par toutes les possibilités que ce médium offre, elle s’essaie pour la première fois à la mise en scène en 2012. Elle s’associe avec une amie de la fac d’Arts du spectacle à Rennes. Ensemble, elles écrivent et mettent en scène la pièce, Le Tribunal de papier.
Elle s’installe ensuite à Paris en 2014 pour poursuivre ses études et entame une recherche sur la dimension politique de la participation physique des spectateur·ices. C’est à ce moment qu’elle initie la création de Qu’est-ce là qui monte du désert ? Un spectacle mêlant danse, performance et théâtre, créé à partir d’improvisations au plateau construit autour de la thématique des odeurs. Ce travail de création à partir d’une matière brute qui se modèle au fil du temps est une révélation pour elle. Elle aime la recherche, le tâtonnement, les idées qui disparaissent et celles qui se transforment.
En 2020, elle cofonde le Collectif 12m² avec un groupe d’ami·e·s. Puis, en 2022, elle dirige la création collective Chambres, toujours en écriture de plateau, qui explore l’univers des chambres d’adolescent·e·s et qui lui permet enfin d’exploiter sa passion pour les teen-movies.
En dehors de ses temps de création, elle anime des ateliers de théâtre dans les collèges, elle co-crée une émission de radio sur le snobisme culturel, elle pratique la danse orientale et la chorale, elle lit toujours des romans et elle écrit des histoires destinées à la jeunesse.
Dans l’écriture théâtrale, elle aime créer des aller-retours entre le léger et le grave, l’intime et le commun, le langage quotidien et la poésie, le sérieux et l’absurde. C’est pour explorer de nouvelles manières de raconter des histoires en prise avec le réel qu’elle a décidé de venir à la FAI-AR.
Appartement 54
Appartement 54 est le Projet Personnel de Création porté par Ines, entre septembre 2024 et mai 2025, dans le cadre de la formation supérieure.
L’interview ci-dessous a été réalisée et retranscrite en mai 2025 par Julie Bordenave.
D’un matériau familial, Inès Benkhicham décide de tirer une pièce pour la rue. Au pied d’un immeuble, un frère et une soeur partent en quête de leur père alcoolique, qui reste introuvable. De places en bancs publics, leur trajectoire se mêle à la vie de quartier, et les souvenirs et évocations affluent. Un troisième personnage, opérant le lien entre public et fiction, explore une modalité narrative plus onirique, figure omnisciente de l’ordre du réalisme magique venant commenter le récit et y injecter des points de vue moins intrafamiliaux. Appartement 54 aborde avec tendresse le récit d’un bouleversement intime, rejoignant le coeur de la démarche de l’artiste : le regard sur les parcours de vie accidentés, à l’échelle inter-individuelle et collective.
La fiction aborde aussi des questions pragmatiques : quelle place est pensée dans la société pour ces individus en marge ? Comment accompagner, trouver un moyen de cultiver des liens, au-delà de l’injonction d’abstinence ? Autant de thématiques soulevées durant une phase de recherche préparatoire menée auprès de travailleurs sociaux et d’association travaillant sur la réduction des risques d’alcool – traitant davantage la question du climat social que du sevrage.
Il ne s’agit pas ici d’aborder l’addiction à l’alcool sous l’angle exclusivement documentaire ou sanitaire, mais davantage de dépasser le côté moral pour ouvrir le débat et mettre au centre la question de la relation – la honte, le stigmate social, la remise en cause de la dialectique échec-réussite… Aborder les paradoxes et ambivalences de la société à propos des individus aux parcours alcooliques, à la fois invisibilisées mais parfois aussi très exposées dans l’espace public, pour refaire lien dans la communauté autour d’un sujet tabou, souvent jugé durement. Pour faire résonner au mieux son propos sur la place publique, Inès Benkhicham recherche une qualité de jeu maillée au réel, flirtant parfois avec le théâtre invisible. Elle revendique aussi un aspect cinématographique pour sa mise en rue – champs lointains ou rapprochés, travellings… Pensée pour environ 100 personnes, le spectacle commence devant une porte d’immeuble, puis entame une déambulation au sein d’un habitat collectif – barres d’immeubles ou pavillons -, intégrant des espaces communs encerclés d’habitations. A chaque nouvelle représentation, la distribution s’augmentera possiblement d’un comédien local, destiné à camper la figure fantôme du père, inscrivant encore davantage le propos sur le territoire, et l’élargissant de l’intime à l’universel.
Quelles dimensions vous intéressent particulièrement dans la création en espace public ?
Habituée à la salle, j’ai rapidement rêvé ce projet-là pour l’extérieur. Je trouve un vrai sens à narrer la quête de ces personnages dans un quartier ; inscrire le récit dans une situation réelle et tisser l’écriture avec l’espace, afin que les deux s’entre-nourrissent. Porter un sujet dans l’espace public permet d’y impliquer le corps social.
De quelle manière votre approche dans ce domaine a-t-elle évolué au cours de la formation ?
J’avais d’abord imaginé mon spectacle dans un immeuble, mais un stage effectué à la Poudrerie de Sevran, spécialisé en spectacles pour appartements, a déplacé mes envies. J’ai aussi beaucoup découvert au contact d’équipes en fabrication, notamment comment diriger des interprètes en prenant en compte l’espace : jouer avec ce qui est en train de se passer, être en écoute du bruit, de l’imprévu. Avec mon Collectif 12m2, nous avons beaucoup travaillé par le passé autour du jeu naturel, sur la manière de dé-théâtraliser une adresse. C’est un défi de continuer à chercher du côté de cette qualité de jeu en y intégrant les exigences de la rue !
Quelles prochaines étapes envisagez-vous pour la suite de votre travail de création ?
Lancer la production du spectacle, repasser par une phase de résidence d’écriture. Pour la suite, j’imagine me consacrer à l’espace public et aux lieux non dédiés, honorer aussi des commandes in situ, one shot. Chaque projet charrie son propre lot de problématiques et d’exigences. Ce spectacle est très urbain, mais je peux aussi m’imaginer en milieu rural. Je rêve même d’écrire autour de la question de l’océan et la piraterie ! Je souhaiterais aussi collaborer à d’autres projets en tant qu’autrice : la FAI AR m’a permis de renouer avec le plaisir de l’écriture textuelle.
Présentation vidéo du projet
Interview et captation vidéo réalisées lors des Esquisses, en mai 2025.
Ces Esquisses sont des présentations de maquettes des Projets Personnels de Création menés pendant la formation supérieure de la FAI-AR.
Photo projet : ©PierreGandarMay | Texte projet : ©Julie Bordenave | Vidéo esquisse : ©Smelly Dog Films