
corps-territoire
Azucena
Momo
Azucena est née en 1992. Elle a grandi entre les Pyrénées et la Méditerranée, emportant avec elle le paysage des montagnes qui finissent dans la mer et la puissance de la Tramontane. Créatrice pluridisciplinaire et artiviste, intéressée avant tout par la danse, la voix, la marche, le territoire, l’écologie et les actions participatives, elle a créé différents projets de danse et de poésie dans des lieux non dédiés et dans l’espace public. Son goût pour l’oralité et le mélange des disciplines l’amène aussi à travailler sur des formes sonores et documentaires.
Azucena est diplômée en Sciences Humaines de l’Université Pompeu Fabra de Barcelone. Elle termine ses études en se spécialisant en philosophie de la performance au Amsterdam University College. Elle obtient ensuite un Master en Études Théâtrales à l’Institut del Teatre de Barcelone, dans le cadre duquel elle a publié une partie de sa thèse sur la philosophie de la danse « La poètica de la vulnerabilitat » dans le livre « Quan arriba el silenci » editoriel Punctum, 2016.
Dans le domaine de la recherche, Azucena trace une ligne entre la pratique corporelle et la réflexion théorique, de sorte que ces deux voies (la créative et la réflexive) se nourrissent l’une de l’autre.
Elle se forme artistiquement à la danse contemporaine. Notamment dans le cadre de la formation professionnelle Seeds de l’école de danse contemporaine Cobosmika (Catalogne), et dans diverses écoles européennes, avec un intérêt particulier pour les chorégraphes qui cultivent les techniques d’improvisation et de composition instantanée comme Mal Pelo et Thomas Hauert. Outre la danse, elle pratique le Hatha Yoga depuis l’âge de dix-sept ans et a suivi une formation de professeur en Inde. Elle aime également l’escalade, la capoeira et la randonnée, qui font partie de son quotidien.
En tant qu’interprète, elle a collaboré avec des chorégraphes catalans tels qu’Emma Villavecchia et des chorégraphes internationaux tels que Bystrom-Källblad (Suède), Orian Théâtre Dance Company (France) et Jocelyn Cottencin (France). Elle collabore encore occasionnellement avec le Collectif de Professionnels du Cirque de Gérone (Catalogne).
En tant que poète, elle a travaillé avec l’Institution des Lettres Catalanes (ILC) dans différents projets de danse-poésie, La Bonne institution féministe à Barcelone, le musicien Rodin Kauffman (France) et la conteuse Roser Ros (Barcelone). En 2019, elle publie son premier recueil de poésie « Miopies », lié à l’écoféminisme et à la pratique de la permaculture avec la maison d’édition Tremendes.
Elle s’intéresse également à l’éducation et à l’art communautaire et dans ce cadre elle a travaillé avec différentes compagnies et institutions comme Agitart, ConArte Internacional ou A tempo. Pendant 5 ans, elle a développé des projets de danse avec des adolescents et des enfants.
Elle a rejoint la FAI-AR avec l’envie d’approfondir ses connaissances autour des projets participatifs, itinérants et en déambulations. Elle souhaite inscrire le territoire rural, les savoirs populaires et la nature dans la vie culturelle et artistique.
Rassemblement des corps sauvages
Rassemblement des corps sauvages est le Projet Personnel de Création porté par Azucena, entre septembre 2024 et mai 2025, dans le cadre de la formation supérieure.
L’interview ci-dessous a été réalisée et retranscrite en mai 2025 par Julie Bordenave.
Autour d’une pratique de la marche, Azucena Momo assume une certaine hybridation des pratiques – danse, poésie, théâtre paysage… La dramaturgie de Rassemblement des corps sauvages emprunte plusieurs entrées : explorer les sensations liées au déplacement, générer une chorégraphie du paysage prenant en compte la pluralité des corps en présence – spectateurs en mouvement cheminant sur un itinéraire, interprètes disséminés alentour… Fondus dans le paysage, les danseur.se.s soulignent ce qui est déjà là, révélant “une manière d’être bougé.e.s par l’espace” : un mouvement défini par la forme d’un rocher, une gestuelle impactée par une texture de sol, la résonance naturelle d’un gravier sur lequel on marche… Le jeu sur les échelles spatio-temporelles – gestes à la portée parfois dérisoire, confrontés au gigantisme de sites industriels ou naturels -, contribue à recalibrer notre juste place au sein de l’écosystème.
Une marche préliminaire d’une quinzaine de minutes, faisant éprouver la solitude au sein de la nature et advenir le sauvage en nous par l’expérience sensorielle, nous mène vers une cinquantaine de nos pairs spectateurs, pour un temps à partager. La communauté se crée aussi par le son – sur chaque territoire, une chorale d’amateur.ice.s est constituée pour interpréter un répertoire de chants locaux. Ces tableaux collectifs, in situ et in vivo, s’agrègent au fur et à mesure de la progression : un groupe converge vers un point de rassemblement, des chants choraux surgissent derrière soi… De l’intime vers le collectif, il s’agit de sonder nos places d’humains au sein d’un environnement plus vaste.
Durant ses repérages – 2 semaines minimum -, l’artiste récolte des propos auprès d’interlocuteur.ice.s varié.e.s. Chacun.e évoque, à travers son rapport au territoire, des réalités locales : dans les Pyrénées, les échanges se font autour du réensauvagement de l’ours, tant du côté catalan que français, mettant en exergue les partis pris politiques et l’indéniable impact d’une violence systémique. Une juxtaposition de propos – délivrés par une comédienne restituant toutes les paroles successivement – révélant une pluralité de points de vue, dans toutes leurs sensibilités, leurs nuances, voire leurs ambiguïtés et paradoxes. Cette exploration d’un certain rapport à l’altérité, de la manière dont l’humain coexiste avec d’autres vivants, peut se doubler sur site d’une lecture du territoire avec une géographe, révélant des usages insoupçonnés à propos de la mémoire ou de la gestion des lieux.
D’étape en étape, cette mosaïque de données subjectives transhume via La Sauvagethèque : un fanzine illustré, enrichi de témoignages à chaque nouvelle représentation. Une véritable collection d’expériences questionnant notre relation avec le Vivant autant que notre geste dans le monde, à l’affût d’une coexistence à activer au sein d’un paysage pour en révéler les forces en présence.
Quelles dimensions vous intéressent particulièrement dans la création en espace public ?
Le rapport à l’espace — un espace qui a un contexte, une vie, une histoire —, la création d’une communauté éphémère qui partage une expérience pendant la performance, et le rapport au public. Ce dernier m’a toujours interpellée dans une approche recherchant la quotidienneté et l’horizontalité, en tendant à effacer la frontière entre les interprètes et celles et ceux qui regardent.
De quelle manière votre approche dans ce domaine a-t-elle évolué au cours de la formation ?
J’ai eu le temps d’identifier et de définir mes processus de création, ainsi que la manière dont je souhaite travailler. J’ai pu expérimenter différentes façons d’inscrire le corps dans l’espace public : danser, jouer, être en relation avec divers territoires, et identifier mes propres outils pour proposer des expériences artistiques qui prennent en compte le corps du public, en cherchant avant tout la relation entre celui-ci, l’espace et le sujet artistique. En parallèle, j’ai pu commencer à élaborer un petit protocole qui pourrait se développer à la suite de la formation.
Quelles prochaines étapes envisagez-vous pour la suite de votre travail de création ?
En octobre 2025, je commencerai le processus de création de ma recherche artistique, qui se déroulera tout au long de l’année 2026, avec le soutien de Pronomades, In Situ et de différentes institutions catalanes. Je cherche d’autres partenaires intéressés par la co construction du projet, des lieux ruraux ou périurbains aimant la médiation culturelle pour m’aider à tisser des relations et multiplier les rencontres.
Présentation vidéo du projet
Interview et captation vidéo réalisées lors des Esquisses, en mai 2025.
Ces Esquisses sont des présentations de maquettes des Projets Personnels de Création menés pendant la formation supérieure de la FAI-AR.
Photo projet : ©DR | Texte projet : ©Julie Bordenave | Vidéo esquisse : ©Smelly Dog Films