Édito

Incertitudes

Si les artistes et autres professionnel·le·s sortent exténué·e·s par une saison perdue et inquiet·e·s des conséquences d’une reprise lente et incertaine, la formation représente un abri temporaire dans la tempête et une préparation indispensable à un métier qui requiert plus que jamais inventivité et professionnalisme.

Au prix de nombreux réaménagements du programme, le cursus de la formation supérieure se poursuit avec l’objectif de préparer au mieux les apprenti·e·s à faire leur place sur le circuit de la production et de la diffusion. Cette mission est d’autant plus exigeante que le contexte est trouble. Les modules d’expérimentation pratique et collective ont souffert du confinement mais la continuité pédagogique a été assurée par l’accompagnement individuel à l’écriture et à la formalisation du projet des futur·e·s auteur·e·s de l’espace public. Ce travail sera prolongé dans la perspective de la présentation des maquettes des projets en fin de formation, selon un format nouveau puisque le traditionnel Panorama des chantiers sera transformé dès 2021.

La crise a révélé un profond désir d’expression et de partage, tout comme elle a confirmé l’importance des arts et de la culture dans la vie des territoires. Mais la question centrale pour les jeunes artistes est probablement celle du travail d’interprétation à produire après la catastrophe, car les ressources symboliques et de sens de la société ont été mises à mal, ce qui interroge et stimule la création artistique.

L’année 2021 sera aussi celle du concours d’entrée et de l’arrivée d’une nouvelle promotion.
Nous insistons sur la nécessité évidente de s’outiller et de professionnaliser son expérience, ce dont la FAI-AR est un excellent moyen. Le futur programme (2021-2023) prendra en compte les sujets que cette crise amène à considérer avec lucidité (les enjeux numériques, les questions de climat et de biodiversité, la fragilité de nos sociétés, les initiatives de coopération culturelle à l’échelle des bassins de vie, des intercommunalités et des métropoles) mais aussi les qualités spécifiques des écritures en espace public qui déploient des perspectives novatrices adaptées au contexte sanitaire (variété des espaces, plasticité des configurations scéniques, amplitude des temporalités, élasticité des jauges, modalités multiples de relations aux publics…).

La coordination transversale de l’ensemble de l’offre pédagogique de la FAI-AR vise à adapter l’offre aux nouvelles réalités tout en favorisant la synergie entre nos outils de formation. Le rôle du numérique en complément des enseignements en présentiel illustre le bénéfice que nous pouvons tirer d’une vision mieux articulée de nos dispositifs.

Préparer la future génération des artistes de l’espace public exige de la FAI-AR une grande acuité aux signes d’un monde qui change. Nous ne cédons à aucune forme de défaitisme et préférons voir dans les bouleversements de l’époque l’opportunité de réévaluer le rôle de l’école, ses méthodes et son rôle dans un monde en crise. Il s’agit d’envisager de nouvelles formes de pédagogie artistique et d’imaginer de nouvelles manières de faire de l’art, pour penser et agir sur le présent.

Jean-Sébastien Steil
Directeur