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Looser(s)

Chronique de la 3e zone

Projet de création de Guillaume Derieux

Tuteur : Nicolas Chapoulier, directeur artistique, Les 3 points de suspension

Porté depuis plusieurs années par l’envie de conter une épopée contemporaine au coeur d’un univers d’exclusion, Guillaume Derieux pioche dans des expériences passées – travail auprès du Samu social, et dans des foyers de réinsertion – pour poser le cadre de son intrigue. Looser(s) narre l’histoire de « vaincus ordinaires » qui hantent nos villes. Au crépuscule, le public est invité à repérer dans une rue les habitants de la 3e zone : des âmes errantes qui, la nuit venue, sont sommées par un couvre-feu autoritaire de rejoindre leurs refuges de fortune. Ces espaces de vie anonymes, dotés de confort sommaire, hébergent des scènes intimes, que le spectateur, voyeur, guette par les vitres éclairées. Juxtaposé au nôtre, régi par ses propres codes, cet univers est exclusivement masculin : la femme en a disparu, son souvenir  devient monnaie d’échange.

Looser(s) se présente comme une fable d’anticipation, campée par six comédiens, pour une cinquantaine de spectateurs. À l’image des vitrines de boutiques mutées en habitats précaires, l’environnement urbain se fait chahuter par la fiction. Au coin d’une rue, des chimères surgissent par intermittence, comme un delirium tremens qui prendrait vie, un bonhomme de cartons qui surgit des poubelles… Anxiogène, un brin fantastique, cette allégorie sur notre monde est le point de départ d’une intrigue entre des personnages forts en gueule, archétypes de mythes fondateurs (Macbeth, Oedipe…). En filigrane, s’expose la vie en marge, à base de débrouille et d’expédients. Sensible aux univers de Tarkovsky et de Gilliam, mais aussi au savoir-faire de Théâtre Group, Guillaume questionne la mise en jeu dans l’espace public, s’attelant à faire surgir la fiction dans la réalité, pour faire saillir les frontières invisibles : « être sur le fil, pour essayer de révéler d’autres couches de la population que celles qu’on voit marcher dans la rue. »

Julie Bordenave