Projet de Sylvain Sicaud

Tuteur : Mehdi Farajpour, chorégraphe, compagnie ORIANTHEATRE

Intéressé par la persistance des traditions et le sens des rituels disparus, Sylvain Sicaud axe ses recherches autour du peuple amérindien Selk’nam – décimé par la colonisation de la Terre de Feu courant XXe siècle –, après avoir découvert les écrits de l’ethnologue Anne Chapman. Il s’attache à créer un nouveau rituel collectif à partir du patrimoine immatériel (chants, récits de rituels, cosmogonie…) légué par Lola Kiepja, dernière descendante de cette ethnie, décédée en 1966. Dans un espace rappelant la forêt primaire, le public affine ses sens, chahutés par de subtiles perturbations : images furtives, musique spatialité en sept points… L’apparition d’un danseur incite les spectateurs à créer une assemblée de « fidèles » autour de lui. Masqué, il campera tour à tour l’esprit d’une vieille femme possédée, ou le danseur contemporain qui se laisse traverser par la mémoire d’un peuple. La composition sonore s’agence autour des chants de Lola Kiepja, enregistrés dans les années 60. Tout comme la chorégraphie, la musique inclut une part de  réinterprétation contemporaine, créant un inédit syncrétisme culturel autour de ce patrimoine exhumé. Comment une culture peut-elle se perpétrer, quand elle se confronte à sa réappropriation par des individus exogènes ? En cherchant à faire revivre une « danse morte », Sylvain interroge la nécessité de préserver une diversité de cultures à l’échelle mondiale, à l’heure de la déforestation galopante. Il questionne aussi le rôle fédérateur du rituel dans une société, et la place du subterfuge, quand la complicité tacite du spectateur est requise pour l’accomplissement d’une cérémonie, comme d’une représentation théâtrale.

Julie Bordenave

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