Photo © Jérôme Coffy – Peinture © Zoo project

Les arts en espace public sont historiquement associés à la figure protestataire de la rébellion sociale ou politique. De nombreuses propositions artistiques en espace public puisent propos et références esthétiques dans des épisodes de révolte (grèves de masse en Russie, Révolution française, révoltes étudiantes des années 1970…)

Les Révolutions arabes produisent un courant de création artistique qui puise à d’autres références que les sources idéologiques traditionnelles des arts de la rue (Agit-prop, situationnisme, altermondialisme). Les créations des artistes arabes contemporains seraient davantage liées à l’influence de l’internet et des réseaux sociaux, à la représentation des corps, aux relations de genre, aux fractures sociales, politiques et culturelles qui traversent les sociétés arabes contemporaines. Cette réflexion sur la dimension politique de l’art à l’heure des révolutions arabes questionne la portée critique d’œuvres en prise avec les enjeux de citoyenneté et les débats de la sphère publique dans l’espace public maghrébin.

Le Salon de recherche est co-organisé par la FAI-AR et l’association l’Art Rue dans le cadre de CONFLITS ET RÉSISTANCE(S), Module de formation suivi par les apprentis de la 5e promotion du 10 au 28 novembre 2014 à Tunis (TN). > PLUS D’INFOS

>> Lire la synthèse rédigée par Julie Bordenave.

INTERVENANTS

MUSTAPHA BENFODIL, ÉCRIVAIN, POÈTE, DRAMATURGE ET REPORTER
Mustapha Benfodil est écrivain, poète, dramaturge et travaille également comme reporter au quotidien algérien  El Watan. Il est lauréat du prix international du journal El-Khabar (2008) pour son reportage sur la guerre en Irak.
Artiste engagé, on lui doit de nombreux romans et une quinzaine de pièces de théâtre dont  End/Igné, qui a été présentée au festival d’Avignon 2013. A la 10e Biennale d’art contemporain de Sharjah (2011), son installation Maportaliche/Ecritures sauvages a été censurée. Depuis 2009, Mustapha Benfodil donne un cycle de lectures-performances dans les rues d’Alger  sous le titre : Pièces détachées – lectures sauvages. Cela lui a valu plusieurs arrestations. Dans la foulée de cette expérience, il a créé avec d’autres écrivains algériens le groupe « Bezzzef ! », un « collectif d’agit’auteurs patentés » qui milite pour la liberté d’expression et la réappropriation de l’espace public en Algérie. Il est l’un des fondateurs du mouvement « Barakat » qui s’est opposé à la réélection de Bouteflika.

FADHEL JAÏBI, AUTEUR, METTEUR EN SCÈNE ET RÉALISATEUR
Fadhel Jaïbi est un auteur, metteur en scène et réalisateur tunisien. Il a toujours travaillé au plus près des réalités politiques et sociales partagées par ses concitoyens, pour en faire la matière de ses projets artistiques et inventer un théâtre citoyen, engagé et populaire. Avec Junun (2001) – qui constituera la première invitation d’un metteur en scène arabe au Festival d’Avignon – puis Corps otages (2006), Amnesia (2010) et Tsunami (2013), Fadhel Jaïbi et sa compagne Jalila Baccar ont procédé à une radioscopie de quatre décennies d’histoire tunisienne, mélange de bouleversements, de schizophrénie, d’espoirs et souvent d’amnésie collective.
Après une vingtaine de créations et trois films, Fadhel Jaïbi s’est forgé une stature unique en Tunisie qui lui garantit indépendance, liberté de parole et de création, lui permettant de travailler sans transiger avec le pouvoir, ni avec le marché. Se revendiquant d’un théâtre « élitaire pour tous », il est une figure reconnue dans le paysage du théâtre arabe et européen contemporain. Il vient d’être nommé Directeur du Théâtre National tunisien.

MOHAMED KERROU, DOCTEUR EN SCIENCES POLITIQUES ET SOCIOLOGUE
Mohamed kerrou est Docteur en sciences politiques (Toulouse 1, 1987). Sociologue, il enseigne à l’Université de Tunis-Institut de recherche sur le Maghreb contemporain. Chercheur à l’IMéRA, il travaille actuellement sur les bouleversements de la Tunisie et de la région MENA.
« Le caractère imprévu et imprévisible des faits politiques récents qui secouent la Tunisie et nombre de pays de la région du Maghreb et du Moyen-Orient invite à repenser les paradigmes construits au XIXème et au XXème siècles qui ambitionnaient d’appréhender les changements de structure en relation avec la construction de l’Etat-nation et avec les mouvements sociaux contemporains.
En situant le fait Révolution dans son contexte historique inédit et en adoptant une démarche à la fois comparative – entre différents pays et conjonctures – et critique – en rupture avec les schémas dominants dans les sciences sociales -, l’objectif est de pouvoir cerner la complexité d’un phénomène en cours appelant à réinventer, à l’échelle planétaire, de nouvelles formes de démocratie participative. »

CHARLES TRIPP, PROFESSEUR DE SCIENCES POLITIQUES, SPÉCIALISTE DU MOYEN ORIENT
Charles Tripp est professeur de Sciences politiques, spécialiste du Moyen Orient, à l’Université de Londres et membre de l’Académie britannique. Ses recherches portent essentiellement sur l’état et la résistance dans le Moyen-Orient, la nature de l’autocratie et la sociologie du pouvoir, la politique d’identité Islamique ainsi que sur les relations entre l’art et le pouvoir. Il travaille actuellement sur l’apparition du public et les nouvelles conceptions d’idéaux républicains en Afrique du Nord. Il est un des fondateurs du Centre de la Pensée Politique Comparative (SOAS).

Sa dernière publication s’intitule The Power and the People : Paths of Resistance in the Middle East (Cambridge University Press, 2013).

PARTENAIRES

Cette conférence est un partenariat FAI-AR et L’ART RUE.
Avec le soutien de : l’Institut Français (Paris), la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, l’Institut Français de Tunisie et le British Council de Tunis.
Structures partenaires : la Fondation Orestiadi, le Théâtre National Tunisien et la Ligue arabe des Droits de l’Homme.