Projet de création de Fred Sechet

Tutrice : Bérénice André, réalisatrice

Docteur SCHNABEL met en scène un vrai faux discours d’inauguration : un élu un brin paranoïaque, obsédé par l’hygiénisme et dévoré par le besoin de tout contrôler, présente à la ville de Marseille une oeuvre d’art destinée à commémorer la grande épidémie de peste de 1720. Dans son périmètre sécurisé, il ne tolère aucune faille : les techniciens qui installent le dispositif ont soin d’en chasser tout danger potentiel, au point de remplacer l’auditoire par des mannequins gonflables. Docile foule, dont les réactions sont programmables par bande son… Mais rien ne se passe comme prévu, et quand les baudruches se dégonflent, le vrai public est appelé en renfort, tandis que des éléments incontrôlables sèment la panique dans l’espace de jeu.

Attaché aux codes d’un théâtre de rue classique (spectacle en fixe sur une place passante, jauge de 150 personnes, public de badauds), Fred Sechet s’amuse à en prendre le contre-pied, via les paradoxes d’une représentation qui s’adresserait à un « public population », tout en mettant en place un protocole d’isolement. Entouré d’une équipe de trois à quatre comédiens – tour à tour techniciens, puis gardes du corps –, il campe cet élu démagogique qui redoute les bains de foule, porteur d’une parole prônant l’unité mais oeuvrant à des stratégies d’exclusion. Pour moquer les grandes utopies collectivistes, il pousse son raisonnement jusqu’à l’absurde : inspiré du jargon politique comme des prédications apocalyptiques, son discours célèbre le « mourir ensemble », comme un revers grimaçant d’un « vivre ensemble » parfois galvaudé… Nourri de science-fiction catastrophiste, l’univers de Docteur SCHNABEL évoque la mise en place d’un état d’urgence en réaction à une menace, réelle ou diffuse, et pointe les dérives du principe de précaution. Toujours avec le sourire, le spectacle évoque aussi la perception de l’homme public et de sa parole par les habitants d’un quartier et les limites de la manipulation des masses, en invitant in fine le public à reprendre place dans un lieu de pouvoir qui lui était jusqu’alors interdit.

Julie Bordenave